Mardi 22 janvier 2008
Bonsoir!

Ce soir je vous offre (enfin) le récit pendant à "Sang regret."  Cette fois-ci, j'ai écris le récit du point de vue de Vittorio.  Il n'est pas nécessaire d'avoir lu "Sang regret" pour comprendre l'histoire mais il me ferait grandement plaisir si vous le lisiez.  Pour se faire, suivez le lien suivant: Sang regret.

Cette fois-ci les mots à utiliser étaient les suivants:


humain, paroxysme, massacre, animal, tumeur, dévaster, âme, corbeau, cadavre, survivant, catastrophe, brume, poudre, crâne, survivre, meurtrier, cruauté, implorer, victime, destruction, barbare, éternité, vertige, vacarme, carnassier

Bonne lecture!

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Un proverbe italien dit : « Qui n'espère plus rien, est capable de tout. » Alors que, rageur, je fais les cents pas dans ma cellule, je ne puis arriver à la conclusion que cette expression est celle qui décrit le mieux mon existence. 


Je suis Vittorio Bardi. Fils de Quintiliano Bardi et Amina Peruzzi. Ma mère, de faible constitution, mourut en couche. Je naquis meurtrier. Cependant, j’allais devoir attendre quelques années avant de purger ma sentence.

 Mon père, étant l’un des plus riches banquiers de Florence, était continuellement absent et je grandis donc entouré de serviteurs déférents mais indifférents. La chose, qui faute d’élément de comparaison, m’apparaissait normale, ne m’inquiétait guère car j’eus, dès mon âge le plus tendre, une armée de tuteurs pour jouer avec moi et m’enseigner tout ce qu’un futur banquier devait savoir. J’étais un enfant rondelet, aux joues rouges et tout ce qu’il y a de plus heureux.

Alors que j’avais sept ans, une terrible épidémie frappa Florence. Je n’eus pas véritablement conscience de la nature de la maladie puisque qu’on me confina à mes appartements, m’interdisant tout contact avec l’extérieur. Trois des mes tuteurs trépassèrent, dont mon favori, Pierluigi. Mon père, qui pour une rare fois avait été présent à Florence pour plus de quelques jours, tomba aussi sous l’emprise de cette affliction. Si la mort de Pierluigi m’avait causé un chagrin immense, celle de mon père ne me fit aucun effet.

L’épidémie se calma et je demeurai quelques temps oublié de tous.  Puis on sembla se rappeler mon existence. Après peu de tergiversations on choisi de me confier à mon oncle maternel, Tolomeo Di Arnoldo Peruzzi. Riche banquier, comme tous mes parents proches où éloignés semblaient l’être, c’était un homme corpulent au crâne dégarni. Il aimait à rire et adorait les enfants. Je passai en la Villa Peruzzi des années confortable entouré des meilleurs tuteurs de Florence.

Ce fut peu après mes douze ans que le vent de la fortune se mit à tourner en ma défaveur. Mon oncle vint un jour interrompre l’un de mes leçon, l’air grave. Pour la première fois, il me parla d’homme à homme. De banquier à futur banquier. Il m’expliqua la fuites des métaux précieux outre-mer, l’insolvabilité des rois, dont celle d’Édouard III d’Angleterre, le contrôle sur l’économie napolitaine ainsi que les prêts et investissements à haut risque réalisé conjointement avec la famille de mon père, les Bardi. Bien qu’encore jeune, j’étais déjà informé de ces faits. Je n’ignorais pas que depuis près de quinze ans, les Peruzzi travaillaient à perte.  Cependant, jusqu’à ce jour, j’avais cru que nous réussirions à éviter la catastrophe et continuerions à faire fleurir notre commerce. Je fus donc fort surpris lorsque mon oncle m’annonça la banqueroute des Peruzzi et des Bardi.

Ce jour là, je ne repris pas mes leçons et allai prier avec mon oncle à la basilique Santa Croce. La chapelle Peruzzi, qui avait été construite grâce au dons de mon aïeul Donato di Arnoldo Peruzzi, reçu nos prières silencieuses, elle-même témoin d’un époque où nous avions été prospères.


Dans les jours qui suivirent l’annonce de cette catastrophe financière, je sentis l’atmosphère de la villa changer irréversiblement. On tint de nombreux conseils familiaux, auxquels j’assistai parfois, et dans lesquels on dit beaucoup mais décida peu. Mon grand-père, Giovani di Ranieri Peruzzi, qui avait vu la splendeur des Peruzzi, semblait incapable d’accepter la situation et s’obstina à continuer à vivre comme auparavant.

Il ne faudrait pas croire que nous devînmes pauvre. La famille avait fait de nombreux investissements indépendants et possédait de nombreuses terres. Le problème résidait dans la division des biens. Avec l’ombre de trois disettes dans les trente dernières années, chacun tirait de son côté la couverture afin de s’assurer un futur viable. Je vis, dans les deux années qui suivirent, plus d’oncles et de cousins que je m’en savais.

De mon côté je me laissai porter par le courant sous l’œil bienveillant de mon oncle qui fit de moi son protégé. Ce favoritisme causa l’envie de nombre de mes cousins et me créa beaucoup d’ennemi. Malheureusement, je ne m’en rendis compte que trop tard.

En 1347, une des pires épidémies de peste de l’histoire se déclara. Comme une tumeur maligne, le mal se propagea à travers toute l’Europe, ne laissant dans son sillon que peu de survivants. La commune fit tout en son pouvoir pour stopper la propagation, mais le nombre des morts devint rapidement hors de contrôle et bientôt les rues furent jonchées de cadavres dont se gavaient avidement les corbeaux avant de mourir eux-mêmes.

Ma famille ne fut pas épargnée. Nombreux furent ceux qui, venus réclamer leur part du butin familial, ne quittèrent jamais la ville, sinon pour aller au royaume des cieux. Mon cher oncle lui-même, fut victime de la peste et mourut dans d’atroces souffrances.

Je cru à ce moment avoir atteint le paroxysme du malheur. Mais alors que je pleurais mon parent, quelque horrible événement se tramait.

Les membres de ma famille se rendirent rapidement compte qu’afin de survivre, il faudrait quitter la commune où la contagion était aisée. La campagne d’avérait donc l’endroit le plus sur pour prendre refuge. Or mon oncle était mort, me laissant une grosse partie des biens de la famille. Rapidement, on se mit à m’accuser d’avoir comploté pour m’emparer de la richesse des Peruzzi afin de les transférer aux Bardi. On alla même jusqu’à m’accuser d’avoir empoisonné Tolomeo afin de mettre la main sur les biens familiaux. Tel des carnassiers, ils me tourmentèrent sans cesse pendant des semaines, espérant me faire fuir la villa et s’emparer de ce qui était justement mien.

Un soir, alors que je venais d’éteindre ma lampe et me mettre au lit, je les entendis pénétrer dans ma chambre et s’approcher à pas feutrés. Je demeurai immobile, entre mes draps, affolé à l’idée de savoir qu’ils essayaient de me tuer. Puis, alors que mon cousin écartait la courtine, je m’emparai vivement du poignard berbère que j’avais reçu de mon oncle et l’enfonçai jusqu’au manche dans le corps de mon assaillant. Au moment où je commis le second meurtre de ma vie, ce que j’avais d’humain disparu pour faire place à la bête. Tel un animal, je fonçai sur mes autres persécuteurs, lacérant les chairs, poignardant à l’aveuglette.

Je quittai la villa avant l’aube, laissant derrière moi ce massacre et m’engageant sur la voie de la destruction.

 

Me dirigeant vers le Sud, j’errai ci et là, évitant les agglomérations, me nourrissant de ce que je trouvais dans les champs ou les chaumières abandonnée. J’ignore combien de temps je marchai, mais lorsque j’atteignis la ville portuaire de Brindisi, mes vêtements n’étaient plus que des loques malodorante. Ma barbe avait poussée inégalement et me donnait l’air d’un de ces barbares du Nord.

 

Après cette éternité passée à errer dans des endroits inhabités et silencieux, le vacarme de la ville m’étourdi et m’enivra. On aurait dit que la peste avait oublié ce coin de pays. La cité me paru magnifique. J’errai au hasard des rues, cherchant distraitement le comptoir des Peruzzi. Je ne le trouvai enfin que pour me rendre compte qu’il était fermé. Je frappai tout de même à la porte, espérant qu’un de mes parents veuille bien me loger ne serait-ce que pour me rafraîchir. Une femme bien grasse vint m’ouvrir. Je me nommai, Vittorio Bardi de Florence. J’allais nommer mon père lorsque le la femme m’assomma de son balai et claqua la porte. Le souffle coupé, je perdis momentanément pied et m’effondrai dans la rue. Puis, enragé par un si grand manque de manière, je me relevai et mis à ruer de coup la porte, clamant haut et fort qui j’étais. Soudainement, une fenêtre au deuxième étage s’ouvrit et on m’aspergea d’eau sale. La femme m’injuria, criant qu’elle n’avait besoin en son logis d’un voleur d’héritage pestiféré. La foule qui au départ s’était attroupée autour de moi, amusé du spectacle, se retira bien vite, certains m’ordonnant de quitter la ville avant d’infecter tout le monde, d’autres me lançant des pierres et autres détritus. Je m’éloignai d’un pas rapide, la tête haute, furieux.
 

Dans les jours qui suivirent, je tentais tant bien que mal de me nourrir, tout en essayant de trouver un bateau qui m’emmènerait bien loin de la cruauté des miens. Privé de nourriture depuis plusieurs jours, mon âme commençait à s’égarer et je me surpris même à implorer Dieu d’atténuer un peu ma peine. Le ciel demeura muet à mes prières, mais les forces de l’ombre semblèrent prêtes à les exaucer.

Un jour où mes recherches avaient été vaines, un homme à l’allure étrange m’approcha. Il avait l’air italien et pourtant, quelque chose dans ses traits de cadraient pas. Néanmoins, il se présenta dans un italien sans faille. Il s’appelait Chems et était à la recherche d’homme pour l’aider à reprendre les biens que sa famille lui avait iniquement dérobés. Il offrait une importante somme à quiconque se joindrait à lui et pour prouver ses dires, il me montra une bourse pleine de pièces d’or. Sous la chaleur cuisante du soleil, je me laissai tenter par l’appât du gain, mais surtout par l’idée de venger un homme qui, comme moi, avait été floué par les siens. Dès que j’eus donné mon consentement, Chems me guida vers une maison de bains où je pourrais me rafraîchir. Il me donna aussi une pièce d’or pour que je puisse me mettre quelque chose sous la dent. Il m’ordonna de revenir au débarcadère à la vesprée. Stupidement, je remerciai le ciel et m’exécutai. Le soir même j’embarquai sur le navire de Chems et quittai à jamais l’Italie.

 

Je n’ai que peu de souvenirs de la traversée. Dès que je fus à bord, on me donna une concoction à base de miel, d’eau chaude et d’une poudre inconnue. Chems m’assura que ce philtre combattrait le mal de mer. Quelques minutes à peine après avoir ingéré la boisson, je fus pris de vertiges et dû m’appuyer sur le bastingage pour ne pas m’effondrer sur le pont. Le reste n’est qu’une suite d’évènements dissimulés dans la brume épaisse de mon esprit drogué. Je me souviens avoir fait escale à Constantinople, mais de la ville légendaire, ne gardai aucun souvenir.

 

Lorsque que je me réveillai enfin de ma torpeur, j’étais nu, debout dans une pièce à l’éclairage tamisé. À mes côtés, trois autres hommes nus se tenaient aussi immobiles. La tête m’élançait et j’avais une soif intense. À ma grande surprise, je vis Chems allongé sur des coussins, parlant avec un autre homme dans une langue m’étant inconnue. Puis, il fit signe à un des hommes de venir s’étendre à ses côtés et se mit à le caresser avec peu d’intérêt. Effaré, je croisai son regard froid. Des yeux, il m’indiqua la porte où je devinai des hommes armés. J’étais pris au piège. Effaré, je tentai de calmer ma respiration saccadée. Je priai de tout mon cœur pour que l’autre homme choisisse un des jeunes hommes à mes côtés. Encore une fois, le ciel demeura muet et ce fut moi que l’homme choisi. Je tressailli ; moi qui n’avait jamais connu un femme, l’idée de partager cette intimité avec un homme m’affola. Certes, il y avait certains rapports similaires chez les Peruzzi, mais je n’y avais jamais pris part.

 

Mon corps tremblait de toute part alors que je m’allongeai aux côtés de mon tortionnaire. Je me rendis compte rapidement que l’homme lui-même était mal à l’aise avec la chose. Cela ne contribua qu’à me faire l’haïr davantage. Il me demanda d’abord mon nom et je me nommai franchement. Je tenais à ce qu’il ne m’oublie pas, afin qu’il sache, le jour où je me vengerais, qui mettais fin à ses jours. Lorsqu’il se mit à me caresser, je fermai les yeux et me laissai faire. Dès ce moment, je ne pu penser à autre chose qu’à la vengeance.


Dans les mois qui suivirent l’homme sembla s’éprendre de moi. Il s’assura qu’aucun autre homme ne me touchât et me donna les meilleurs tuteurs. Je m’abreuvai de leur savoir, espérant un jour que ce dernier me servirait d’arme. Je ne revis plus Chems, mais ne l’oubliai point, l’incluant dans mes projets de vengeance. J’allais le dévaster tant et bien que le mal lui ayant été fait par sa famille lui apparaîtrait comme une faveur en comparaison. Quant à mon « amant », son rôle sembla perdre de l’importance, bien que je me promisse de lui faire payer cher l’affront qu’il me fit répétitivement.

 

Je fignolai si bien mon plan qu’il me sembla infaillible. Cependant, un soir, alors que je subissais les étreintes de cet être immonde, des hommes armés firent intrusion dans la pièce où nous nous trouvions et me saisirent violemment. J’eus beau me débattre, crier, griffer, ils ne relâchèrent pas leur prise. Je me retournai vers mon « amant » espérant qu’il intervienne mais les gardes demeurèrent sourds à ses ordres. Mes yeux s’emplirent de larmes de rage et je m’évertuai à m’évader de plus bel. On m’assena un coup derrière la tête puis tout devint noir.

 

Je me réveillai dans une cellule souterraine avec du sang séché sur la nuque. Je tentai de hurler mais je me rendis compte avec horreur qu’on m’avait coupé la langue. Je tentai de me relever m’en n’en eus pas la force. Une douleur lancinante me parcouru le bas-ventre. Je compris avec horreur qu’on ne s’était pas attaqué qu’à ma langue. J’ignore combien de temps je restai ainsi étendu sur la pierre. Tout ce que je sais c’est que la vie n’en avait pas fini de moi. Pas encore.

Mes plaies guérirent et je réussi bientôt à me lever puis à marcher. Les organes dont on m’avait privés avaient été retirés avec le plus grand soin dans le but de me faire survivre jusqu’à l’exécution. C’est du moins, ce que je présume.

 

Me voici donc, émasculé et muet, allant et venant dans le noir. Je n’ose que souhaiter que ma mort soit prompte, et que ce chien de Chems soit damné pour l’éternité.

Par Kanmuri - Publié dans : Écriture ludique - Communauté : Ecriture Ludique
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